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Ruée vers l'or noir en Arctique

Publié Le 22 Février 2011 à 11h56
 
Les compagnies pétrolières mettent le grappin sur le Groenland afin d'y implanter des plateformes pétrolières. Les défenseurs de l'environnement se disent scandalisés mais le gouvernement groenlandais accueille cette manne financière les bras ouverts.

Au Groenland, sept sites sur la Baie de Baffin (Ouest du Groenland) ont déjà été achetés par des compagnies pétrolières dont l'Américaine ConocoPhillips, l'anglo-néerlandaise Shell ou encore l'écossaise Cairn Energy.

"Nous n'avons jamais connu autant d'intérêt pour l'exploration pétrolière au Groenland", a constaté Joern Skov Nielsen, directeur du Bureau du pétrole et des minéraux.

Cette ruée vers l'or noir s'explique par les résultats des études prospectives de l'Institut de géophysique américain (USGS) montrant que 13% des ressources planétaires en pétrole et 30% des ressources en gaz seraient présentes au nord du cercle polaire arctique.

Le gouvernement groenlandais fonde beaucoup d'espoirs sur ce pétrole qui serait un tremplin vers l'indépendance du Danemark. Tout du moins sur le plan financier : "Le pétrole représente le plus grand potentiel pour nous rendre indépendant économiquement", indiquait ainsi Ove Karl Berthelsen, ministre des Ressources minérales, dans le magazine Sciences et Avenir. Les 56.000 habitants à majorité inuite vivent pour l'heure principalement de la pêche et des subsides de Copenhague.

Le réchauffement climatique pourrait "transformer cette région en un Eldorado" car "sa géologie est la même que celle du nord-ouest de la Norvège où on a fait de grandes découvertes", a confié Joern Skov Nielsen.

La compagnie Cairn Energy confirme ces propos en faisant acte d'investissements massifs dans la région : " 2011 constitue notre troisième année d'opérations au Groenland où nous allons investir quelque 500 millions de dollars, portant nos investissements totaux à plus d'un milliard de dollars ".

Le gouvernement précise avoir pris ses précautions suite à la marée noire provoquée dans le Golfe du Mexique par BP, pour que "la prospection pétrolière ne vienne pas à détruire notre première ressource, la pêche, et l'environnement". Mais de son côté, Greenpeace dénonce "une course suicidaire aux hydrocarbures" et le secrétaire général nordique estime que "le gouvernement groenlandais n'a pas les capacités pour contrôler les forages des compagnies".

Des déclarations qui ont été très mal accueillies par Cairn déclarant que "Greenpeace fait preuve d'arrogance" et par le gouvernement estimant que les écologistes "freine[nt] encore une fois les possibilités d'assurer un meilleur avenir" aux Inuits.

Ces déclarations reflètent la problématique du développement, qui dans l'état actuel de l'économie mondiale, empêche les pays les moins riches de choisir la voie de l'écologie. Pourtant, l'Arctique est une des zones les plus menacées par les changements climatiques. Dans les hypothèses les plus pessimistes du GIEC, la calotte glaciaire pourrait avoir disparu dès les années 2020. De plus, l'Arctique est souvent considéré comme étant particulièrement vulnérable aux marées noires parce que ses écosystèmes froids peinent à se remettre de ces catastrophes pétrolières. Sans compter qu'il est très difficile de nettoyer ces régions isolées et glacées, surtout quand la mère de glace rend l'accès impossible.

Alicia Muñoz