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Santé : Alerte sur des pesticides qui bloquent la respiration cellulaire

Publié Le 27 Avril 2018 à 10h27
 
Une équipe de chercheurs réputés vient de découvrir que les pesticides désignés sous le sigle SDHI bloquent la respiration cellulaire des champignons... mais également des humains, induisant des maladies dont le cancer. Devant leur dangerosité, ils demandent une suspension de leur utilisation en attendant des études complémentaires indépendantes. Les SDHi sont présents dans l'air, l'eau et les aliments.
Dans une tribune publiée en exclusivité le 15 avril sur le journal Libération, un collectif de chercheurs, cancérologues, médecins et toxicologues du CNRS, de l'Inserm et de l'Inra s'alarment de l'utilisation massive, depuis quelques années, des pesticides SDHI (inhibiteurs de la succinate déshydrogénase) qui peuvent représenter un grand danger pour la santé humaine.

 

Les SDHI sont ainsi nommés car ils inhibent la succinate déshydrogénase, une enzyme qui joue un rôle clef dans la respiration cellulaire. Autorisés en Europe depuis la fin des années 2000, fabriqués par les firmes d'agrochimie telles Monsanto, Bayer, BASF, Syngenta..., ce sont des fongicides qui ont pour objectif de tuer les champignons et les moisissures en agriculture ou sur les pelouses. Selon les fabricants, les SDHI inhibent l'activité de l'enzyme succinate déshydrogénase spécifiquement dans les moisissures. Autrement dit, les autres organismes vivants ne risquent rien.

Une action identique sur la cellule humaine

Mais un collectif de chercheurs, cancérologues, médecins, et toxicologues français, du CNRS, de l'Inserm, de l'Université, et de l'Inra, ont découvert que les SDHI ont la même action sur la cellule humaine. Ce qui provoque une modification de la structure de l'ADN et induit des maladies graves telles que des encéphalopathies sévères et même des cancers du rein et du système digestif.

Cette modification n'avait pas été détectée car aussi surprenant que cela puisse paraître, les modifications génétiques ne sont pas recherchées au cours des tests de toxicité imposés avant la mise sur le marché des pesticides, contrairement aux mutations génétiques.
Les humains ne sont sans doute pas les seuls concernés, la plupart des organismes vivants pourraient l'être. " Les cellules de tous les êtres vivants respirent ", rappellent les scientifiques dans une tribune parue dans le journal Libération du 15 avril.

Les SDHI utilisés sur des millions d'hectares

Le collectif est d'autant plus inquiet que les SDHI sont utilisés à large échelle. " En France, ce sont de l'ordre de 70 % des surfaces de blé tendre et près de 80 % de celles d'orge d'hiver qui sont traitées par les SDHI (données de 2014). S'y ajoute le traitement des semences, des fruits (raisins et agrumes), mais aussi des pelouses, notamment celles des terrains de golf ", précisent-ils. Autrement dit, ces produits sont utilisés sur des millions d'hectares.

Sans surprise, on les retrouve dans l'eau et dans nos assiettes mais également dans l'air. L'association Générations Futures (GF) a cherché à savoir quelle était l'exposition de la population à ces produits. Elle a noté que l'un d'entre eux, le Boscalide, autorisé sur un grand nombre de produits dont les céréales mais également les cultures de légumes et de fruits, est particulièrement inquiétant. Il est présent dans les eaux de surface, en 8e place des pesticides les plus quantifiés en 2013. Il a été trouvé dans l'air, en région PACA et en Isère. Plus grave encore : il est le pesticide dont les résidus sont les plus fréquemment quantifiés dans les aliments au niveau européen (6704 déterminations), selon l'Agence européenne de sécurité sanitaire (EFSA).

Résidus dans les fraises, les salades et les mueslis

Dans ses analyses d'aliments non bio, Générations futures retrouve également le boscalide dans les laitues (dans 22 échantillons sur 31), les fraises (dans 23 échantillons sur 49) et les mueslis (13 échantillon sur 15).

L'association s'associe à l'alerte lancée par les chercheurs qui demandent la suspension de la mise sur le marché des SDHI en attendant des études complémentaires menées par des organismes publics et indépendants des industriels. Pour ce qui est du boscalide, son autorisation de mise sur le marché arrivant à son terme en juillet 2018, GF demande à la France de s'opposer à sa réhomologation. Le 24 avril, elle a envoyé dans ce but des courriers aux ministres concernés. Certains journaux évoquent déjà un nouveau scandale sanitaire.

Zoé Fauré

En complément, lire l'article de Libération : Alerte scientifique sur les fongicides