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Santé : Chlordécone, le poison des Antilles

Publié Le 25 Juin 2010 à 11h12
 
C'est aujourd'hui scientifiquement prouvé. Les personnes exposées au chlordécone, un insecticide employé aux Antilles de 1973 jusqu'en 1993 pour lutter contre le charançon du bananier, ont plus de chance de développer un cancer de la prostate.

Le chlordécone est un insecticide organochloré qui a été élaboré au début des années 1950. Il fut d'abord produit aux Etats-Unis, avant d'être homologué en France au début des années 1980, pour lutter contre le charançon du bananier, un insecte qui ravage les plantations de ce fruit.

Pendant près de 20 ans, les Antilles ont connu la bonne odeur de ce produit antiparasitaire agricole, interdit aux États-Unis dès 1976 en raison de sa toxicité. La contamination des populations Antillaises par le chlordécone avait déjà été pointée du doigt par de précédents travaux. Les risques sanitaires de ce pesticide, considéré comme perturbateur endocrinien et classé cancérogène possible pour l'Homme par l'Organisation mondiale de la Santé, sont aujourd'hui prouvés.

Dans un article paru le 21 juin 2010 dans Journal of Clinical Oncology, des chercheurs de l'Inserm du CHU de Pointe à Pitre et du Center for Analytical Research and Technology (Université de Liège, Belgique) montrent que l'exposition au chlordécone augmente le risque du cancer de la prostate.

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L'étude prouve que l'exposition au chlordécone, une molécule chimique persistante dans les sols, les eaux de rivières et les sédiments à l'origine de la contamination de certaines denrées végétales et animales, est associée à un risque augmenté de développer la maladie. Le risque est d'autant plus grand lorsque les concentrations sanguines en chlordécone sont supérieures à 1 microgramme par litre de sang.

" Ces résultats sont confortés par le fait que les hommes présentant des variations génétiques qui diminuent leur capacité d'élimination de la molécule, ont un risque accru de développer la maladie ", souligne l'Inserm, Institut national de la santé et de la recherche médicale.

Mais le risque de cancer de la prostate est différent selon les individus

" Les antécédents familiaux de cancer de la prostate ainsi que la résidence dans un pays occidental (industrialisé), essentiellement la France métropolitaine, modifient l'effet de l'exposition au chlordécone sur le risque de survenue du cancer de la prostate. Le risque n'apparait significativement augmenté que parmi les patients ayant déclaré des antécédents familiaux ainsi que parmi ceux ayant résidé dans un pays occidental. Le risque de survenue de cancer de la prostate est multiplié par 5 chez les hommes présentant simultanément des antécédents familiaux de cancer de la prostate et de résidence dans un pays occidental ", explique l'Inserm.

Ces résultats scientifiques sont les premiers à suggérer l'existence d'une relation causale entre l'exposition à un perturbateur endocrinien et le risque de survenue du cancer de la prostate. Cette association semble être influencée par le patrimoine génétique individuel ainsi que par des facteurs environnementaux tels que l'alimentation ou le mode de vie.

Un empoisonnement durable

"Quelque 80 000 personnes habitent dans des zones où le sol est contaminé et 13 000 individus absorbent chaque jour, en mangeant des légumes qu'ils cultivent, une quantité de chlordécone dépassant la valeur toxicologique de référence: 0,5µg/kg/j. Il faut aider la population à se préparer à vivre avec un problème qui n'est pas près de disparaître: la demi-vie du chlordécone dans le sol est de six siècles !", déclare le professeur William Dab, président du Conseil scientifique du Plan chlordécone en Martinique et en Guadeloupe, au journal Le Monde.

En ce qui concerne les personnes consommant des produits cultivés dans des jardins familiaux sur des sols susceptibles d'être contaminés, l'AFSSA recommande de limiter leur consommation de légumes racines (dachine ou madère, et patate douce) à deux fois par semaine environ.

" L'exposition au chlordécone a lieu en consommant des aliments contaminés, principalement les produits végétaux mais aussi, dans une moindre mesure, les produits d'origine animale. En effet les animaux (volailles, caprins, bovins) ont pu aussi être eux-mêmes contaminés en consommant des végétaux. Les produits de la pêche (poissons, crustacés) peuvent être également contaminés s'ils vivent dans des zones où le chlordécone a pu s'accumuler (sédiments). L'eau de boisson peut aussi contribuer à cette exposition si elle provient d'une source contaminée et si elle n'a pas été traitée ", prévient l'Afsset, l'Agence française de sécurité sanitaire de l'environnement et du travail.

Emilie Villeneuve