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Santé: encore six substances cancérigènes interdites... ou pas!

La Commission européenne a décidé, le 17 février dernier, d'interdire d'ici cinq ans six substances utilisées dans l'industrie en raison de leurs dangers pour la santé. Des substances cancérigènes interdites? oui, mais pas pour tout le monde, et pas pour tout de suite!

"Six substances extrêmement préoccupantes seront interdites dans les trois à cinq ans à venir sauf pour les entreprises auxquelles a été accordée une autorisation d'utilisation. Ces substances soit sont cancérigènes ou toxiques pour la reproduction, soit persistent dans l'environnement et s'accumulent dans les organismes vivants. Les opérateurs qui souhaiteront vendre ou utiliser ces substances devront prouver que les mesures de sécurité requises ont été prises pour contrôler efficacement les risques ou que les avantages pour l'économie et la société l'emportent sur les risques. Ils devront aussi soumettre un calendrier de substitution au cas où il existe des substances ou techniques de remplacement viables", annonce ainsi le communiqué de la Commission Européenne.

Ces six substances sont le musk xylène, le diaminodiphénylméthane (MDA), l'hexabromocyclododécane (HBCDD), le bis (2-éthylexyl) phtalate (DEHP), le benzyl butyl phtalate (BBP) et le dibutyl phtalate (DBP). Elles sont principalement utilisées par les industriels de la cosmétique, du bâtiment, du textile, du cuir ou encore de l'automobile. Le DEHP, le BBP et le DBP sont par exemple utilisés dans les conditionnements primaires des médicaments.

Pour des informations complémentaires sur les six substances (utilisations), rendez-vous sur le site ec.europa.eu

Ces substances ont ainsi été transférées de la liste des substances candidates à la liste des substances soumises à autorisation dans le règlement REACH concernant l'enregistrement, l'évaluation et l'autorisation des substances chimiques, ainsi que les restrictions applicables à ces substances.

Une "good news"... à relativiser

"Les principaux objectifs de REACH sont d'assurer un niveau élevé de protection de la santé humaine et l'environnement contre les risques que peuvent poser les produits chimiques" peut-on lire sur le site internet de la Commission Européenne.

On note cependant dans cette déclaration du 17 février de la Commission le "sauf pour les entreprises auxquelles a été accordée une autorisation d'utilisation". On se pose alors la question : Pourquoi (et comment) certaines entreprises auraient-elles encore le droit d'utiliser des substances chimiques considérées comme "extrêmement préoccupante" pour la santé par la Commission Européenne elle-même?

On note également la phrase : "Les opérateurs qui souhaiteront vendre ou utiliser ces substances devront prouver (...) que les avantages pour l'économie et la société l'emportent sur les risques",... sous entendu les risques pour la santé ?! les avantages économiques pourraient-ils l'emporter sur les risques sur la santé humaine ?!

Mathilde Emery

A lire aussi : Règlement Reach : 3.400 substances chimiques dangereuses ont été recensées

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REACH est le règlement sur l'enregistrement, l'évaluation, l'autorisation et les restrictions des substances chimiques. Il est entré en vigueur le 1er juin 2007. REACH rationalise et améliore l'ancien cadre règlementaire de l'Union européenne (UE) sur les produits chimiques.

"Les principaux objectifs de REACH sont d'assurer un niveau élevé de protection de la santé humaine et l'environnement contre les risques que peuvent poser les produits chimiques, la promotion de méthodes d'essai alternatives, la libre circulation des substances au sein du marché intérieur et de renforcer la compétitivité et l'innovation. REACH fait porter à l'industrie la responsabilité d'évaluer et de gérer les risques posés par les produits chimiques et de fournir des informations de sécurité adéquates à leurs utilisateurs. En parallèle, l'Union européenne peut prendre des mesures supplémentaires concernant des substances extrêmement dangereuses, quand une action complémentaire au niveau européen se révèle nécessaire", peut-on lire sur le site de la Commission Européenne, ec.europa.eu.