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Santé : Le rôle du bisphénol A confirmé dans l'épidémie mondiale de diabète

Publié Le 10 Février 2012 à 09h19
 
Trois études récentes confirment que le Bisphénol A (BPA), un perturbateur endocrinien, est impliqué dans le diabète de type 2 qui représente 90% des cas de diabète chez l'homme.

Le diabète 2 est une maladie chronique de plus en plus fréquente. En 1995, il touchait 30 millions de personnes dans le monde. Aujourd'hui on estime à près de 220 millions le nombre de personnes touchées et les prévisions de la Fédération Internationale du Diabète sont de 438 millions en 2030.

Cette maladie métabolique se caractérise par une concentration anormale permanente de sucre dans le sang liée à une résistance des cellules de l'organisme à l'insuline, (une hormone secrétée par le pancréas pour réguler la glycémie) et à une insuffisance pancréatique.

Il touche généralement les adultes à partir de 45 ans et notamment les personnes obèses ou en surpoids. Et cette hyperglycémie chronique provoque des dégâts cardio-vasculaires très importants : atteinte des petits vaisseaux des yeux, et des reins, troubles de la sensibilité notamment au niveau des pieds avec risque de gangrène, et atteinte des grosses artères qui irriguent les membres inférieurs ( risque d'amputation), le coeur et le cerveau (accidents vasculaires cérébraux).
D'où vient le fait que le pancréas n'est plus capable de réguler le taux de sucre dans le sang ? D'où vient cette épidémie mondiale de diabète ?
Pour André Cicolella, Président du Réseau Environnement Santé (RES) c'est clair " la responsabilité d'un certain nombre de substances chimiques dites " diabétogènes ", dont le Bisphénol A, est de plus en plus mise en évidence ".

Trois études concordantes

Les résultats de 3 études récentes vont en effet dans ce sens :

L'étude publiée le 8 février 1012 dans la revue PLoS ONE (" action insulinotrope rapide des faibles doses de bisphénol-A sur des îlots de Langerhans de souris et humains : le rôle de récepteur des oestrogènes ") [1] montre ainsi qu'au niveau d'imprégnation en Bisphénol A correspondant à celui de la population humaine en général on observe une libération d'insuline chez l'homme supérieure à celle induite chez la souris. Et ce phénomène, contribue au diabète de type 2. L'étude apporte également la preuve que les résultats chez la souris peuvent être extrapolés à l'homme et que l'homme est plus sensible que la souris au BPA.

Une deuxième étude publiée également en février et menée en Chine auprès de 3390 adultes âgés de 40 ans ou plus trouve également une association significative entre imprégnation au Bisphénol A et obésité [2].

Enfin, une étude publiée en décembre menée aux Etats Unis sur la population du grand programme NHANES (National Health and Nutritional Examination Survey) 2003-2008 a montré que les diabétiques ont un niveau d'imprégnation plus élevé en bisphénol A [3]. L'association diabète-BPA était retrouvée chez les personnes de poids normal ou en surpoids, indépendamment des facteurs de risque traditionnel du diabète.

Adopter la loi BPA

Le Bisphénol A apparaît donc de plus en plus impliqué dans l'épidémie mondiale de diabète, au côté des facteurs classiques que sont l'alimentation et sédentarité " estime André Cicolella qui demande au gouvernement " d'adopter sans attendre la loi BPA et de mettre la question des perturbateurs endocriniens (PE) au coeur des politiques de santé publique ,ces substances apparaissant plus que jamais comme une clé essentielle pour agir sur la prévention des cancers, des désordres métaboliques (obésité-diabète), des troubles de la reproduction et neuro-comportementaux " .

Jeannine Czech

[1]. Soriano S, Alonso-Magdalena P, Garcı´a-Are´valo M, Novials A, Muhammed SJ, et al. (2012) Rapid Insulinotropic Action of Low Doses of Bisphenol-A on Mouse and Human Islets of Langerhans: Role of Estrogen Receptor b. PLoS ONE 7(2): e31109. doi:10.1371/journal.pone.0031109
[2]. Wang T, Li M, Chen B, Xu M, Xu Y, Huang Y, Lu J, Chen Y, Wang W, Li X, Liu Y, Bi Y, Lai S, Ning G. Urinary Bisphenol A (BPA) Concentration Associates with Obesity and Insulin Resistance. J Clin Endocrinol Metab. 2012 Feb;97(2):E223-7. Epub 2011 Nov 16.