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Sécheresse : les agriculteurs français en difficulté

Un soleil ardant, un beau ciel bleu et seulement quelques précipitations éparses annoncées. Depuis le début du mois d'avril, 23 départements souffrent d'une sévère sécheresse, au point de déjà faire l'objet de mesures de restriction d'eau. Inquiétudes des agriculteurs et du gouvernement...

Une situation inédite depuis cinquante ans

"On n'avait jamais vu un tel phénomène au printemps depuis cinquante ans", assure Etienne Kapikian, ingénieur prévisionniste à Météo-France, au journaliste du Monde.
Le mois d'avril a été d'après les relevés de Météo-France parmi les plus secs depuis 1959 avec ceux de 1984 et de 1982. Le début d'année avait déjà été nettement déficitaire sauf sur les régions méditerranéennes.

En plus de l'absence de précipitations, le mois dernier a battu des records de chaleur, avec une température moyenne supérieure de 4° C aux normales saisonnières. Ainsi, ces dernières semaines ont été les plus arides depuis 1959. Le déficit pluviométrique atteint environ 50 à 75% sur les deux-tiers de la France.

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Selon Etienne Kapikian, cela est dû à "une situation de blocage avec un anticyclone qui reste coincé au nord de l'Europe, à des latitudes anormalement hautes. Les perturbations océaniques descendent donc directement sur la Méditerranée."

L'état déficitaire des nappes phréatiques a entrainé la mise en place de restrictions d'eau dans 23 départements, principalement dans l'Ouest, le Nord et le Centre-Est. Le Maine-et-Loire, le Lot-et-Garonne, le Gers, l'Indre, le Jura et le Territoire de Belfort se sont ajoutés à la liste du 6 mai. Les limitations les plus importantes sont en région Poitou-Charentes et dans le Val-de-Marne, où les prélèvements, notamment agricoles, sont réduits au moins de moitié cinq jours sur sept.

Dans l'immédiat, la sécheresse menace surtout les agriculteurs. "Nous avons observé une baisse des récoltes de fourrage de 30 à 50 % selon les régions par rapport à une année normale", déplore ainsi Christiane Lambert, vice-présidente de la Fédération nationale des syndicats d'exploitants agricoles (FNSEA).

Venir en aide aux agriculteurs

La ministre de l'Ecologie, Nathalie Kosciusko-Morizet, veut cependant rester optimiste, comme le prouve son intervention ce vendredi sur France info. Elle repousse ainsi pour le moment, l'idée d'un impôt sécheresse pour venir en aide aux agriculteurs.

"La sécheresse est avérée mais, malgré tout, il peut se remettre à pleuvoir dans les semaines qui viennent", assurant toutefois qu'elle essayait de "tout organiser pour qu'on ne se retrouve pas dans des situations de tension".

Un "comité sécheresse", réunissant notamment des membres de Météo-France, du BRGM ou du Comité national de l'eau, doit par ailleurs se réunir lundi prochain, à sa demande. Celui-ci doit permettre de faire le point sur la situation au rythme d'une réunion toutes les six semaines.

Le ministre de l'Agriculture, Bruno Le Maire, a pour sa part annoncé qu'il allait demander à Bruxelles le versement anticipé d'une aide financière pour aider les éleveurs particulièrement touchés par la sécheresse. La FNSEA a par ailleurs lancé un appel à la solidarité demandant notamment aux céréaliers de faire des dons de paille aux éleveurs.

Dans le Poitou-Charentes, pour éviter de laisser la situation s'aggraver, le ministre a donné l'autorisation exceptionnelle aux agriculteurs d'utiliser les terres de jachères afin d'y faucher l'herbe ou d'y faire directement paître leur bétail.

En Charente Limousine, les éleveurs bovins n'ont pas assez de fourrage pour leurs bêtes; ce qui en à forcé certains à entamer leurs réserves d'hiver. Déjà fragilisés par un cours très bas du lait et de la viande, les éleveurs ne peuvent se permettre d'acheter toute la nourriture dont ils auraient besoin pour nourrir leurs bêtes.

D'autres problèmes, plus inquiétants encore pourraient poindre. En effet, les circuits de refroidissement des centrales pourraient souffrir de ce manque d'eau. Ainsi, la centrale nucléaire de Civaux craint d'être obligée de réduire sa production d'électricité. La Vienne sert en effet à alimenter le circuit de refroidissement des 2 réacteurs et le débit de la rivière a atteint un niveau historiquement bas.

Météo France et les autres bureaux de météorologie ne peuvent faire des prédictions miracles sur les semaines ou les mois à venir... La situation reste donc hasardeuse et inquiétante.

Alicia Muñoz

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