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Ségolène Royal "prête" à prolonger la durée de vie des centrales nucléaires de 10 ans

Publié Le 28 Février 2016 à 17h44
 
Sur France 3 ce dimanche 28 février, la ministre de l'Environnement et de l'Energie Ségolène Royal s'est dite "prête à donner le feu vert" au prolongement de 10 ans de la durée de vie des centrales nucléaires françaises, qui passerait ainsi de 40 à 50 ans. Avec tous les risques que cette décision implique.
"Si l'Autorité de sûreté nucléaire donne son feu vert, oui je donnerai l'autorisation de prolongation de 10 ans des centrales" a déclaré Ségolène Royal sur France 3 le dimanche 28 février.

 

"EDF voudrait augmenter la durée de vie des réacteurs qui sont de 40 ans en ce moment à 50 ans. Est-ce que vous êtes prêtes à donner ce feu vert ?" questionne le journaliste sur le plateau du "12/13 dimanche" de France 3. Ce a quoi Ségolène Royal répond : "Oui, je suis prête à donner ce feu vert sous réserve bien évidemment de l'avis de l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN). (...) Pourquoi ? parce que les Français ont beaucoup investi pendant des années sur les réacteurs nucléaires. (...) Ces centrales sont déjà amorties, donc elles produiront une électricité à meilleur marché mais dans le contexte, je le rappelle, de la baisse de la part du nucléaire de 75% à 50% dans la production d'électricité pour monter en puissance sur le renouvelable." Il faut en effet savoir que François Hollande s'est engagé à réduire de 75% à 50% la part de l'électricité d'origine nucléaire d'ici à 2025.

Jean-Bernard Lévy, PDG du groupe EDF, s'était déjà exprimé sur ce sujet le mardi 16 février, dans la matinale d'RTL en déclarant que "L'Etat a donné son accord pour que nous modernisions le parc nucléaire actuel de façon à ce que la durée de vie d'un réacteur, décidée à 40 ans, puisse être montée à 50 ou 60 ans", en précisant que "l'atome est essentiel pour générer une électricité bon marché".

Le fait est que le groupe nucléaire Areva (groupe public à 85%, en partie avec l'aide d'EDF, également public à 85%) est en faillite avec une nouvelle perte nette de 2 milliards d'euros en 2015. Un plan de sauvetage complexe va être mis en oeuvre cette année, sous l'égide de l'état, et largement aux frais des contribuables. "EDF aura bien du mal à financer l'ensemble des investissements qui sont devant lui : dans les énergies renouvelables et la transition énergétique, pour prolonger la durée de vie des centrales nucléaires françaises et ses chantiers à l'international" explique Pascal Gateaud, Rédacteur en chef de l'Usine nouvelle, dans un article.

Dans ce contexte, le groupe EDF pourra-t-il réaliser les investissements nécessaires en matière de sûreté sur les réacteurs nucléaires pour prolonger leur durée de vie ? Malgré ces graves difficultés financières, le PDG d'EDF Jean-Bernard Lévy se dit confiant ... Mais l'ASN, de son côté, s'inquiète des difficultés qu'a déjà EDF à gérer les arrêts de réacteurs pour de banals travaux d'entretien de routine...

Est-ce bien raisonnable de vouloir prolonger la durée de vie de nos centrales de 10 ans ?

Les centrales nucléaires posent trois problèmes majeurs. Celui des accidents dont on sait qu'ils peuvent être catastrophiques pour la santé et l'environnement (comme Three Mile Island, Tchernobyl, ou encore Fukushima), celui du recyclage des déchets hautement radioactifs dont on ne sait que faire, comment les traiter, ni où les stocker, et dont on sait aussi qu'ils ont une durée de vie pouvant atteindre plusieurs milliers d'années. Enfin, troisième problème, l'énergie nucléaire étant très gourmande en financements, elle représente un frein au développement des énergies renouvelables dont on sait qu'elles sont la bonne solution pour l'avenir car elles offrent l'indépendance et sont inépuisables.

Le 20 janvier 2016, M. Pierre-Franck Chevet, Président de l'Autorité de sûreté Nucléaire (ASN), a déclaré que "le contexte en matière de sûreté nucléaire et de radioprotection est préoccupant", et que "la poursuite du fonctionnement des centrales nucléaires au-delà de 40 ans n'est pas acquise : les conditions de cette poursuite restent encore largement en débat". (lire le communiqué de l'ASN)

L'ASN a également déclaré souhaiter "développer la culture du risque nucléaire en favorisant l'implication des citoyens dans les sujets relatifs à la sûreté nucléaire et la radioprotection". En ce sens, en janvier 2016, a eu lieu la campagne d'information et de distribution de comprimés d'iode aux populations riveraines des centrales nucléaires EDF pour leur éviter le cancer de la thyroïde en cas d'accident... rassurant, n'est-ce pas ?

Pourquoi une telle mesure alors qu'on nous assure que les centrales nucléaires françaises sont très sûres et qu'on ne risque rien ? "Même si ce n'est pas quelque chose de probable, loin de là, on sait qu'un accident nucléaire est possible en France" a précisé M. Delmestre, chargé du comité de pilotage de la campagne et Directeur général adjoint de l'ASN (Autorité de Sûreté Nucléaire).

EELV appelle le gouvernement à faire preuve de "réalisme"

Le parti Europe Ecologie les Verts a vivement réagi dans un communiqué suite à l'annonce de Ségolène Royal : "Le nucléaire est, rappelons le, une énergie dangereuse, elle est désormais de surcroît une énergie chère et périmée, dont la France est désormais otage faute d'avoir pris le tournant du solaire et de l'éolien.(...) Au vu de la vétusté des centrales nucléaires, leur prolongation et mise aux normes représenteraient une immense gabegie financière. Les fonds mobilisés pour le " grand carénage " (plus de cent milliards d'euros) manqueront cruellement au développement des énergies renouvelables et aux investissements de réduction de consommation énergétique, alors même que ces orientations sont bien plus créatrices d'emplois tout en préservant l'environnement et le portefeuille des ménages. Faire preuve de réalisme économique, c'est sortir de l'aveuglement face au nucléaire, et engager véritablement la transition énergétique et le développement des énergies renouvelables"

Le 11 mars 2016, on commémorera les 5 ans de la catastrophe de Fukushima... une catastrophe qui n'est toujours pas totalement maîtrisée. Au même moment en France, EDF devrait lancer le "grand carénage", un vaste programme industriel pour lifter ses vieilles centrales et prolonger leur utilisation au-delà des 40 années prévues. Avec tous les risques que cela implique...

Stella Giani