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Un quart des crustacés d'eau douce sont menacés en France métropolitaine

Publié Le 7 Juin 2012 à 13h09
 
Au terme d'un état des lieux réalisé sur les 576 espèces de crustacés d'eau douce de France métropolitaine, près de 28% des espèces apparaissent menacées. Ce résultat est le fruit d'un travail de trois années conduit par l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) et le Muséum national d'Histoire naturelle avec la contribution d'une vingtaine de spécialistes, dans le cadre de la Liste rouge des espèces menacées en France.

Les écrevisses en première ligne

Les trois espèces d'écrevisses de métropole ont vu leurs effectifs s'effondrer suite à la dégradation des rivières par les aménagements et la propagation d'une maladie mortelle, la peste des écrevisses. Elles doivent également faire face à la progression rapide d'écrevisses américaines introduites, qui répandent cette maladie et entrent en compétition avec elles. L'Ecrevisse à pattes blanches est ainsi classée "Vulnérable" en métropole, l'Ecrevisse à pattes rouges "En danger" et l'Ecrevisse des torrents "En danger  critique".

Des animaux au rôle essentiel affectés par la dégradation des eaux douces

Les crustacés regroupent également des centaines d'espèces méconnues, souvent microscopiques, présentes dans tous les milieux d'eau douce (mares, lacs, rivières, eaux souterraines...). Copépodes, ostracodes, amphipodes, branchiopodes... ces animaux jouent un rôle fondamental, car ils constituent une source d'alimentation importante pour les poissons et beaucoup d'entre eux contribuent à filtrer l'eau et à contrôler la prolifération des algues. En métropole, un quart des espèces présentes sont  endémiques, ce qui signifie qu'on ne les trouve nulle part ailleurs dans le monde.

Les crustacés d'eau douce sont très sensibles aux pollutions chimiques et sont donc des indicateurs de la qualité des eaux. La démoustication des plans d'eau menace par exemple un petit crustacé très rare, Chirocephalus spinicaudatus, classé "En danger critique". Et les pollutions de surface, en s'infiltrant, peuvent affecter des espèces souterraines comme Dolekiella europaea, classée "Vulnérable".

L'accroissement des prélèvements d'eau pour les activités humaines réduit les niveaux d'eau, détériore la qualité des milieux et accentue les périodes d'assèchement. Cette menace affecte des espèces de surface comme Echinogammarus tabu, endémique du Var et classée "En danger", mais également des espèces souterraines vivant dans les nappes phréatiques, comme Niphargus renei, classée "Quasi menacée".

Enfin, le drainage et le remblaiement des mares temporaires pour l'agriculture ou l'urbanisation menacent des espèces remarquables comme Hemidiaptomus amblyodon, un petit crustacé rare à la coloration bleu vif, classé en catégorie "Vulnérable".

Protéger les milieux, pour préserver les espèces

Pour sauvegarder les trois écrevisses de métropole, des mesures ont été prises pour protéger leurs milieux de vie et réglementer leur pêche. Des actions sont également menées pour sensibiliser le public au danger que représentent l'élevage, le transport et l'introduction d'écrevisses américaines. Cependant, la préservation des crustacés d'eau douce doit passer par un renforcement de la protection des milieux naturels vis-à-vis des pollutions et des aménagements. De plus, des prospections de terrain devront être  menées, car 26% des espèces ont dû être placées dans la catégorie "Données insuffisantes", en raison du manque d'informations disponibles sur leur situation.

Mathilde Emery

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