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Une nouvelle espèce de crustacé des grands fonds marins contaminée par le plastique

Publié Le 21 Mars 2020 à 20h27
 
Alors qu'une nouvelle espèce animale vient d'être trouvée dans la fosse des Mariannes de l'océan Pacifique, l'un des endroits les plus profonds au monde, les scientifiques ont eu la surprise de constater qu'elle était contaminée par des particules de plastique.
"Eurythenes Plasticus", une nouvelle espèce d'amphipode, un crustacé de la taille d'environ un centimètre, a été découverte dans les profondeurs de la Fosse des Mariannes de l'océan Pacifique, entre le Japon et les Philippines, l'un des endroits les plus profonds au monde. Elle doit son nom au plastique retrouvé dans son corps suite à un micro scan.

 

"Une nouvelle espèce d'amphipode, un crustacé de la taille d'environ un centimètre, a été découverte dans les profondeurs de la Fosse des Mariannes de l'océan Pacifique, entre le Japon et les Philippines, l'un des endroits les plus profonds au monde", révèle une nouvelle recherche de l'Université de Newcastle (Royaume-Uni) publiée dans la célèbre revue scientifique "Zootaxa" le jeudi 5 mars à 9h00.

Le problème est que les chercheurs ont découvert via un micro scan du polyéthylène téréphtalate* (PET) dans le corps de ce petit crustacé qui vivait à plus de 6000 mètres de profondeur ! Le PET est couramment utilisé pour fabriquer des bouteilles de boisson jetables, des films plastiques et des fibres textiles, notamment utilisées pour la fabrication des vêtemets de sport (les microplastiques se détachent des textiles lorsqu'ils sont lavés et se répandent ainsi dans l'eau et l'environnement).

Les scientifiques ont ainsi choisi de nommer officiellement cette nouvelle espèce d'amphipode "Eurythenes Plasticus", en référence au plastique qui le contamine : une (triste) première !

L'objectif : encourager une prise de conscience. "Donner un nom à une nouvelle espèce est une grande responsabilité, explique Johanna Weston, biologiste de la vie marine et membre de l'équipe de recherche. On veut alerter sur l'omniprésence du plastique dans l'océan, et encourager les humains à faire le lien entre leur action sur la terre, et la vie sous-marine."

En nous révélant que des espèces qui vivent dans les endroits les plus reculés de la planète ont déjà ingéré du plastique avant même que l'humanité ne les découvre, cette recherche illustre pleinement l'ampleur et la gravité de la pollution plastique dans le monde.

Chaque année, plus de 8 millions de tonnes de déchets plastiques finissent dans l'océan, avec des conséquences dramatiques. Une fois dans l'eau, ces déchets se décomposent en micro-particules et sont ingérés par des animaux marins, qui contaminent ensuite l'Homme par le biais de la chaîne alimentaire.

Comme le révélait le WWF en 2019 dans le rapport "Pollution plastique, à qui la faute ?", si rien n'est fait, la production mondiale de déchets plastiques pourrait augmenter de 41 % d'ici 2030, et la quantité accumulée dans l'océan pourrait doubler d'ici 2030 et atteindre 300 millions de tonnes.

"Cette nouvelle recherche nous rappelle à quel point le plastique est présent partout : dans l'air que nous respirons, dans l'eau que nous buvons et aussi dans des animaux qui vivent au plus loin de la civilisation humaine. Mais elle doit aussi nous rappeler l'urgence d'agir pour mettre fin à ce fléau. Nous avons les solutions pour le faire: réduire la production et la consommation de plastique en premier lieu, réemployer, recycler et développer des alternatives. L'heure est maintenant aux choix politiques et à la prise de responsabilité de tous les acteurs responsables de cette pollution. Le WWF appelle les gouvernements à prendre des mesures fortes pour réduire la pollution plastique en adoptant un traité international contraignant et en renforçant la réglementation nationale" a réagit Arnaud Gauffier, directeur des programmes du WWF France, suite à la publication de cette étude.

ME