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Vers une Économie responsable : la belle leçon du Brésil


Sommaire
1 - Vers une Économie responsable : la belle leçon du Brésil
2 - Les politiques aveuglés par l'économie
3 - La corruption attaquée
4 - La vieille Europe
Publié Le 10 Janvier 2011 à 10h56
 
Oded Grajew

Pour Edgar Morin, sociologue et philosophe, les politiques sont actuellement déconnectés de la réalité. " La crise du développement, la crise de la mondialisation, la crise de l'occidentalisation sont invisibles aux politiques. Ceux-ci ont mis la politique à la remorque des économistes et continuent à voir dans la croissance la solution à tous les problèmes sociaux " écrit-il ainsi dans Le Monde du 10 janvier.

Alors s'il faut désespérer des Etats, vers qui se tourner ?

Oded Grajew, fondateur de l'Institut brésilien Ethos, et l'un des inspirateurs du Forum Social Mondial, pense avoir trouvé la bonne solution : " Si on veut changer le monde dans le bon sens, a-t-il expliqué lors du World Forum qui vient d'être organisé à Lille par Philippe Vasseur, ancien Ministre et Président du Réseau Alliance*, il faut agir sur le secteur qui détient le pouvoir. Or c'est le secteur privé qui détient le pouvoir financier, culturel, et médiatique. Et comme le pouvoir médiatique a le pouvoir sur l'économie et les politiques, c'est donc le secteur privé, qui détient au bout du compte le pouvoir, de maintenir ou de changer le monde ".

Mais les entreprises privées n'ont pas spontanément envie de prendre des mesures qui vont contre leurs intérêts. Car le respect du développement durable n'est pas sans incidences économiques. Alors comment faire pour les mobiliser et en faire des partenaires d'une " société plus juste et soutenable " ?

L'expérience menée par Oded Grajew au Brésil est édifiante et peut servir de modèle pour les autres pays.

Plutôt que de compter sur la seule bonne volonté de l'Etat, il a décidé de créer, il y a dix ans déjà, l'Institut Ethos, dont il est aujourd'hui Président, pour amener les entreprises, avec l'appui de la population, des syndicats, des associations de consommateurs et des ONG, à développer leurs responsabilités sociale et environnementale (RSE). Et contre toute attente, dans un pays ou régnait il y a encore peu de temps la loi de la jungle économique, les résultats qu'il a obtenus sont impressionnants.
Sa recette repose sur la sensibilisation et l'aide aux entreprises pour les amener à assumer leurs responsabilités sociales et environnementales, sur la recherche de motivations y compris contraignantes, et sur la lutte contre la corruption.

La sensibilisation des entreprises au développement durable

Oded Grajew est allé rencontrer les responsables des entreprises, les syndicats, les ONG, les Associations de consommateurs , avec un message simple : " la dégradation de la planète ne peut plus durer. Nous devons travailler ensemble. Ensemble nous pourrons influencer les politiques et obtenir des résultats concrets ".

Pour convaincre les entreprises " réceptives ", les arguments n'ont pas manqué. Le réchauffement climatique et ses conséquences économiques, sociales et environnementales commencent à être compris et intégrés dans le management des entreprises qui veulent se développer durablement.
Mais concernant les autres, encore accrochées essentiellement au profit " à deux chiffres ", quelles qu'en soient les conséquences et le prix, il a fallu recourir à d'autres moyens, avoue Oded Grajew.

Ainsi il n'a pas hésité à mener des enquêtes sur la chaîne de production des grands groupes industriels brésiliens avec la participation du principal syndicat du pays. Et aux groupes qui ne respectaient pas l'éthique, qui employaient par exemple des enfants, il leur a expliqué que s'ils n'arrêtaient pas l'esclavage, leurs produits ne seraient plus achetés.