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Bisphénol A : nouvelles alertes mais toujours pas d’interdiction !

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Par Bioaddict

Tandis que l'Agence de sécurité sanitaire des aliments (Afssa) voit "des signaux d'alerte" dans de nouvelles études sur le Bisphénol A, une proposition de loi du RDSE, le groupe du Rassemblement démocratique et social européen, sera examinée en séance par le Sénat le 24 mars prochain pour que soit prohibé ce produit chimique que l'on retrouve notamment dans les biberons. Le bisphénol A sera-t-il peut-être bientôt enfin interdit dans les plastiques alimentaires ?

Le bisphénol A sur la sellette

« Le Groupe du Rassemblement démocratique et social européen (RDSE) a décidé l’inscription dans son ordre du jour réservé du mercredi 24 mars 2010 de sa proposition de loi, déposée sur le bureau du Sénat le 27 juillet 2009 », a annoncé hier le RDSE dans un communiqué.

En effet, une proposition de loi avait déjà été enregistrée le 27 juillet 2009 par des sénateurs pour que  » soient interdites la fabrication, l’importation, l’offre, la détention en vue de la vente ou de la distribution à titre gratuit, la mise en vente, la vente ou la distribution à titre gratuit de plastiques alimentaires contenant du Bisphénol A (n° CAS 80-05-7) « .

Lire « Biberons empoisonnés : une loi anti-bisphénol A déposée au Sénat« 

En effet, « plusieurs études scientifiques mettent en évidence l’impact du Bisphénol A sur les troubles du comportement, la fertilité, le développement de cancers, le diabète et l’obésité », souligne le RDSE qui n’hésite pas à mentionner l’Institut national de la recherche agronomique (Inra) et une étude publiée fin 2009 dans la revue Environmental Health Perspectives.

Publiée dans l’édition en ligne de l’Académie des sciences américaine (PNAS) du 14-18 décembre 2009, l’étude de l’INRA démontre que l’appareil digestif du rat est très sensible aux doses de BPA, même faibles.

Lire « Le bisphénol A utilisé dans les bouteilles plastiques et biberons, est toxique pour l’intestin selon l’INRA« 

« En application du principe de précaution, les sénateurs RDSE demandent l’interdiction de la fabrication, l’importation, l’offre, la détention en vue de la vente ou de la distribution à titre gratuit, la mise en vente, la vente ou la distribution à titre gratuit de plastiques alimentaires contenant du Bisphénol A « , indique le communiqué.

La déclaration du RDSE survient alors que l’Agence de sécurité sanitaire des aliments (Afssa) fait état vendredi 5 février dernier « de signaux d’alerte » dans de nouvelles études sur le Bisphénol A.

 » Des signaux d’alerte  » mais pas  » d’urgence sanitaire  » selon l’Afssa

Le Bisphénol A ou Bpa est un produit chimique qui entre dans la composition de plus de 90 % des biberons de plastique. Ce produit est utilisé dans la fabrication d’un plastique dur transparent, le polycarbonate, employé également pour les bonbonnes d’eau. Sans oublier qu’on le retrouve aussi à l’intérieur des boîtes de conserve et des cannettes. Plutôt rassurant !

Les concentrations de bisphénol A augmentent notamment de façon exponentielle lorsque les biberons sont chauffés.

La Food and drug administration (FDA) avait en 2008 déclaré que le BPA était sans danger. Mais revirement de bord de la part de l’agence américaine qui vient de conclure à « des effets potentiels sur le cerveau et sur la prostate des bébés et des foetus ». La FDA a donc préféré, au nom du principe de précaution, soutenir l’initiative des industriels américains de ne plus utiliser de BPA dans la fabrication des récipients contenant les aliments pour bébés.

L’Afssa veut poursuivre son travail d’expertise

De son côté, l’Afssa avait aussi conclu en 2008 à l’absence de risque du produit. Mais il semble bien que l’agence française revienne aussi sur ses positions. Selon elle, de nouvelles études ont apporté « des questionnements ».

Dans un nouvel avis rendu vendredi dernier, l’Afssa relève  » des effets subtils, observés en particulier sur le comportement après une exposition in utero et pendant les premiers mois de vie chez de jeunes rats  » qui amènent donc l’Agence à  » poursuivre son travail d’expertise, en lien avec l’Efsa (Autorité européenne de sécurité des aliments) et le réseau international des agences, pour comprendre la signification en terme de santé humaine de ces signaux d’alerte, éclairer le consommateur et permettre aux pouvoirs publics de prendre des mesures appropriées « .

Ces effets interviennent à des doses inférieures à celles considérées comme sans effet, relève le directeur général de l’Afssa, Marc Mortureux pour qui  » on n’est pas dans l’urgence sanitaire « .

L’Afssa veut surtout « poursuivre son travail d’expertise » afin de « comprendre la signification en terme de santé humaine de ces signaux d’alerte, éclairer le consommateur et permettre aux pouvoirs publics de prendre des mesures appropriées ».

Les recommendations de l’Afssa

L’agence française conseille :

– d’acquérir des données françaises sur la présence de bisphénol A dans le lait maternel, chez le nourrisson et dans les laits maternisés. Elle recommande également de chercher d’autres sources d’exposition au bisphénol A que les matériaux au contact des aliments (poussières domestiques, eaux, contact avec les objets en polycarbonate) ;

– de définir rapidement une méthodologie adaptée à la détection d’une toxicité potentielle, chez l’homme et à basse dose, du BPA mais aussi des produits de substitution et plus largement des perturbateurs endocriniens ; « un objectif que l’Afssa souhaite porter au niveau européen, car c’est un pré-requis à une diminution éclairée de l’exposition du BPA ».

L’agence recommande donc d’éviter de chauffer à très forte température l’aliment (eau, lait, soupes…) si les consommateurs utilisent des biberons ou des récipients en polycarbonate.

L’Afssa  » n’en tire pas les conséquences qui s’imposent  » pour le RES

Le porte-parole du Réseau santé-environnement André Cicolella, chercheur en santé environnementale, regrette que « l’Afssa veuille bien reconnaître un problème mais n’en tire pas les conséquences ».

Pour le RES,  » il est donc urgent d’agir et de ne pas attendre, comme le propose l’AFSSA, les résultats d’études à venir. Il y a urgence, car le problème principal est la contamination du foetus par sa mère et cette contamination est principalement d’origine alimentaire : boîtes de conserve, canettes de boisson, films alimentaires, récipients, bouteilles d’eau et matériel électroménager en polycarbonate… « .

André Cicolella demande à la ministre de la santé, Roselyne Bachelot, d’interdire le BPA dans les plastiques alimentaires,  » seule mesure susceptible d’arrêter la contamination maternelle et par voie de conséquence celle de la quasi-totalité des foetus. « 

L’agence européenne de la sécurité alimentaire (Efsa) doit publier son propre rapport dès mai 2010.

En attendant, il vaut mieux appliquer le principe de précaution : n’utilisez que des biberons sans Bisphénol A ou tout simplement des biberons en verre.

Emilie Villeneuve

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