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Expo : "Dans le sillage des requins", faites-vous une autre idée des Dents de la mer

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L'exposition " Dans le sillage des requins " vous emmène à la découverte de l'univers des requins et de leurs cousins les raies et chimères. Dans un espace de 600 m², découvrez poissons vivants, spécimens naturalisés, et pièces fossiles. L'occasion de mieux connaître ces animaux qui existent depuis plus de 400 millions d'années mais qui sont aujourd'hui menacés d'extinction, mettant en péril toute la biodiversité marine. Jusqu'au 6 mars 2011 à l'aquarium tropical de la Porte Dorée à Paris.

Une exposition qui retrace 400 millions d’années d’évolution

Saviez-vous que les requins ont un squelette souple fait de cartilage, comme celui de leur proches cousines, les raies, et de leurs cousines plus éloignées, les chimères ?

Ce sont tous des poissons cartilagineux, des Chondrychtiens (du grec khondros « cartilage » et ikhtus « poisson »). Cette particularité donne aux requins des facultés extraordinaires : flottabilité minimale, propulsion optimisée, souplesse hors du commun permettant de faire volte face très rapidement, systèmes de détection chimiques et électriques…

L’exposition « Dans le sillage des requins » vous propose un parcours découverte en cinq grandes parties pour retracer 400 millions d’années d’évolution de ces espèces qui sont malheureusement aujourd’hui en danger en raison des activités humaines.

Lire « SOS grands fonds marins : stop à la vente des espèces de poissons en danger« 

Vous découvrirez ainsi :

– des animaux vivants tels que le requin-zèbre (pêché dans l’océan pacifique), les requins-chabot (issus de reproductions en aquarium), les requins à pointes noires (pêchés en Indonésie), et plusieurs espèces de raies d’Amazonie qui se reproduisent régulièrement à l’Aquarium de la Porte Dorée. Mais aussi une vingtaine de spécimens naturalisés pour cette exposition de Bernard Bourlès, unique spécialiste de la taxidermie de ces poissons cartilagineux en France.

des squelettes, dents, mâchoires fossiles, dont certains ont plusieurs centaines de millions d’années, et qui proviennent des collections de paléontologie du Muséum national d’Histoire naturelle.

La pièce la plus exceptionnelle de cette collection est sans nul doute le cerveau fossile d’une chimère, vieux de plus de 300 millions d’années. Premier cerveau fossilisé jamais découvert au monde, par les scientifiques du Muséum en mars 2009 au Kansas, Etats-Unis, il est pour la première fois exposé au public.

la reconstitution grandeur nature d’une mâchoire de Megalodon qui mesure près de 2 mètres de hauteur (prêté par le parc zoologique de Doué La Fontaine). Le Megalodon est probablement l’ancêtre du requin blanc. Il s’agit de l’un des plus gros spécimens de requins ayant jamais vécu sur Terre.

des images issues des rushs du film de Jacques Perrin et Jacques Cluzaud, Océans, qui permettent de découvrir les requins et leurs cousins dans leurs milieux naturels. Des images qui permettront de sensibiliser les visiteurs à ces animaux marins qui ne demandent qu’à perdre leur réputation de  » grands méchants « , et à être protégés des menaces qui pèsent sur eux et par ricochet, sur l’ensemble de la biodiversité marine.

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Le requin, une espèce en danger depuis plus de 40 ans

La disparition du requin pourrait s’avérer catastrophique car les grands équilibres alimentaires seraient rompus. Le requin est en effet essentiel à la biodiversité marine et son un rôle écologique est fondamental.

Sur les 591 espèces de chondrichtyens évaluées par l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN), 126 se sont avérées être des espèces menacées. Parmi celles-ci, 22 sont classées dans la catégorie  » En danger critique d’extinction  » : leurs populations ont perdu au moins 80 % de leurs effectifs au cours des 10 dernières années ou bien de trois générations successives.

Lire « 17 291 espèces menacées d’extinction dans le monde selon la liste rouge de l’UICN « 

Les requins ont une espérance de vie très longue, et leur maturité sexuelle est tardive, avec un faible nombre de descendants par individu. Une pêche excessive fait donc chuter très rapidement les populations, avec une faible chance de régénération du stock.

En 2005, 771 105 tonnes de requins ont été péchés au niveau mondial.

On considère aujourd’hui qu’environ 100 millions de requins sont pêchés chaque année.

La forte diminution du nombre de ces super-prédateurs peut avoir de graves conséquences sur l’ensemble de l’écosystème où ils vivent et qu’ils contribuent à réguler.
Ils consomment en effet prioritairement les proies faibles, malades ou âgées ce qui, à l’intérieur d’une population, privilégie les animaux les plus sains et les mieux adaptés à leur environnement.

Les requins de récifs par exemple ont un rôle régulateur : ils consomment des prédateurs intermédiaires (mérous, lutjans…) qui eux-mêmes se nourrissent de poissons herbivores (poissons-chirurgiens…). En cas de diminution du nombre de requins, leurs proies prolifèrent et consomment trop d’herbivores qui ne seront plus assez nombreux pour brouter les algues. Celles-ci vont alors se développer au détriment des coraux.

Les requins sont également recherchés pour l’huile contenue dans leur foie, d’excellente qualité, pour leur chair et accessoirement pour leur peau, utilisée en maroquinerie sous le nom de galuchat.

Chaque année, ce sont 73 millions de requins qui seraient tués pour leurs ailerons.

Le développement des techniques de pêche visant d’autres espèces, les thons en particulier, ont multiplié les prises accessoires de requins. Et avec le développement économique des pays asiatiques et l’augmentation du pouvoir d’achat de ses habitants, la demande en ailerons de requins, initialement réservés aux plus riches ou pour les occasions festives, a explosé au cours de ces dernières décennies.

L’envol des cours (jusqu’à 700 dollars le kilo!) de ces nageoires, communément appelés ailerons, a généré le finning (de fin : nageoire, en anglais), qui consiste à découper ces nageoires et à rejeter à l’eau le corps du requin, vivant ou non, afin de ne pas encombrer les capacités de stockage à bord des bateaux.

Compte tenu de l’augmentation du prix des ailerons, les pêcheurs sont passé progressivement d’une valorisation de prises accessoires à une recherche active des requins, uniquement pour leurs ailerons, qui ne représentent environ que 2 % du poids frais d’un requin !

Le statut des requins sera prochainement discuté lors de la réunion de la Convention internationale sur le commerce des espèces mencées, prévue du 13 au 25 mars 2010 à Doha, au Qatar. Les Etats-Unis ont proposé d’inscrire plusieurs espèces de requins dans l’Annexe II de la Convention, ce qui permettrait d’instaurer obligatoirement un permis d’exportation à leur commerce.

Des raies aussi menacées d’extinction

Le pocheteau gris (Dipturus batis) des eaux européennes est la plus grande espèce de raie Rajidae et peut atteindre 2,85 mètres. Elle est la première espèce de poisson amenée au bord de l’extinction par la pêche commerciale. La France couvre 60 % des 502 tonnes déclarées dans les débarquements mondiaux.

Plus de 90 % des individus débarqués de pocheteaux gris sont des immatures. Ce qui provoque l’effondrement des stocks de reproducteurs et donc de l’espèce. Les individus ont plus de chance d’être capturés que d’atteindre la maturité sexuelle.

En janvier 2009, l’Union Européenne a interdit le débarquement de pocheteaux gris ( Dipturus batis) et demandé la remise à l’eau des captures dans toutes les eaux de la Communauté Européenne. Mais les pocheteaux gris, capturés par chalutage, ne survivent généralement pas à cette technique.

L’exposition  » Dans le sillage des requins  » vous permettra ainsi de découvrir ces espèces menacées d’extinction au rôle écologique pourtant primordial.

Emilie Villeneuve

Info+

Exposition " Dans le sillage des requins ", réalisée en collaboration avec la Réunion des Musées Nationaux et Galatée Films.
Aquarium de la Porte Dorée - 293 avenue Daumesnil 75012 Paris.
Tél. : 01 53 59 58 60.

Ouverture : du mardi au vendredi de 10h à 17h15 et le week-end de 10h à 18h45.
Fermé le lundi.
Tarifs sous réserve de modification : plein tarif : 6.50 €, tarif réduit : 5 €
Visites commentées pour les groupes (adultes et scolaires) les mardis et jeudis, hors vacances scolaires, sur réservation au 01 44 74 84 98 ou sur www.aquarium-portedoree.fr

"Non, le requin n'est pas méchant", a déclaré Agnès Iatzoura, directrice du projet pour le Muséum d'histoire naturelle, pour qui l'objectif de cette exposition est d'abord de "détruire l'image négative du requin qui est dans toutes les têtes, à commencer par celles des enfants".

"Il faut sortir des grandes dents et du sanguinolent pour montrer que si on ne les provoque pas, les requins n'ont aucune raison de nous faire du mal, poursuit Agnès Iatzoura. L'idée est de s'émerveiller devant ces bêtes fabuleuses."

Des 75 espèces de raies évaluées par l'UICN sur la liste rouge 2008 des espèces menacées, 17 sont considérées comme menacées (" En danger critique ", " En danger " ou " Vulnérable ").
L'espèce Dipturus batis a été placée en 2000 par l'UICN dans la catégorie " en Danger " puis élevée au rang de " En danger critique d'extinction " en 2006. Cette catégorie est la dernière avant " Espèce disparue à l'état sauvage ", ce qui suggère que l'espèce est face à un risque très élevé de disparition à l'état sauvage.

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