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bisphénol Asanté

Le bisphénol A nuit gravement à la santé

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Par Bioaddict

Deux nouvelles études viennent de relancer le débat sur le bisphénol A (BPA). L'une confirme que cette substance réduit la production et la qualité du sperme. L'autre confirme qu'elle peut pénétrer dans notre organisme par la peau. Le BPA, un perturbateur endocrinien redoutable, qui agit comme un " leurre hormonal ", n'a pas fini de révéler ses effets hautement toxiques sur la santé de l'Homme et celle des animaux.

Le bisphénol A nuit gravement à la santé

Le bisphénol A vient de faire en quelques jours, de nouveau, beaucoup parler de lui.

– Le Canada vient de le classer dans la liste des substances toxiques.

Lire : Le Canada, 1er pays au monde à déclarer le bisphénol A toxique

– La France a maintenu l’interdiction de la commercialisation des biberons contenant du bisphénol A à partir du 1er janvier prochain malgré l’avis favorable que vient d’émettre l’Agence Européenne de Sécurité des aliments (EFSA) qui a déclaré  » qu’il n’y avait pas lieu d’interdire cette substance, ni de reconsidérer la dose journalière admissible (DJA) qui est actuellement de 0,05 mg/kg de poids corporel « .

Lire : Le Bisphénol A interdit… mais uniquement dans les biberons

– Une étude menée par une équipe de recherche de l’INRA dirigée par le Pr Zalko (Toulouse) vient de confirmer que le BPA pouvait se transmettre par simple contact avec la peau, alors que l’on pensait que la seule voie de contamination était digestive. Les tickets de caisse et les papiers thermiques sont très concernés.

– Enfin, une nouvelle étude américaine publiée dans la revue  » Fertility and sterility  » vient de confirmer, une nouvelle fois, que la spermatogénèse était gravement affectée par le BPA….

Ces nouvelles preuves de la toxicité du BPA, qui arrivent en rafale, s’ajoutent à celles déjà très nombreuses sur lesquelles s’appuient les scientifiques pour demander son interdiction totale et pas seulement dans les biberons.

Les produits qui contiennent du bisphénol A

Le BPA est en effet utilisé notamment sous la forme de polycarbonate, un plastique dur et translucide, de résine époxy, comme additif antioxydant dans les produits plastifiants et le PVC, et comme retardateur de flammes dans les appareillages électriques.

Et il entre dans la fabrication d’un nombre considérable de produits que nous utilisons tous les jours : adhésifs, joints, amalgames dentaires, pièces en plastique des casseroles, bacs de rangement, biberons, boîtes de conserve, bombonnes d’eau rechargeable, bouteilles en plastique, canettes de boisson, casques de sport et de sécurité, CD et DVD, cuves à vin, emballages alimentaires, équipements automobiles, encres d’imprimerie, équipements électriques (douilles, prises…), matériel médical ( matériel de perfusion , seringues, implants..), équipement de sport ( ski, tennis, golf…), housses pour téléphones mobiles, jouets, mastic, ordinateurs, outillage électrique, papier essuie-tout, papiers, papiers thermiques (billets d’avion, étiquettes autocollantes pour la pesée des fruits et légumes, papier pour fax, reçu de parking, de banque, facturettes, tickets de caisse….), pâte à bois, peinture pour coques de bateaux, produits anticorrosion, rasoirs, récipients alimentaires en plastique transparent, récipients alimentaires en plastique pour le micro-onde, revêtements de protection, revêtements de sol, sèche-cheveux, tasses et gobelets, tableaux électriques, tétines, vaisselle et couverts en plastique, vernis pour bois, verres de lunettes, vitrages… Et la liste n’est pas exhaustive.

Les dangers du BPA

De nombreux experts internationaux ont lancé depuis plusieurs années l’alerte sur les dangers du BPA, classé dans la liste des perturbateurs endocriniens au même titre que les résidus d’hormones médicamenteuses, le chlordécone, les phtalates, la dioxine, les PCB… et de nombreuses substances contenues dans les pesticides ( herbicides, fongicides, insecticides), car les effets du BPA et autres perturbateurs endocriniens sont multiples , tant chez l’homme que chez l’animal, et peuvent ne se révéler que plusieurs dizaines d’années après l’exposition à ces substances.

Troubles de la reproduction et du développement
Pour le Pr Charles Sultan, Professeur de Médecine du Développement et de la reproduction au CHU de Montpellier  » les études expérimentales ont démontré que l’exposition prénatale à des polluants chimiques, pesticides notamment , bisphénol A, et phtalates entraînent des malformations génitales chez le mâle, des retards de la croissance et des troubles du développement psycho-moteur et du comportement. L’exposition néonatale quant à elle induit chez la femelle des signes de précocité pubertaire ».

Cancers hormono-dépendants
Pour le Pr Patrick Fenichel, Chef du service d’endocrinologie et de médecine de la reproduction du CHU de Nice, les études épidémiologiques humaines montrent une explosion du nombre de cas de cancers du sein dans le monde (40 000 nouveaux cas par an en France), du cancer du testicule (augmentation constante depuis 30 ans). Et les modèles expérimentaux animaux appuient l’hypothèse du rôle des PE dans les cancers hormono- dépendants : sein, prostate, testicule « .
En outre, Le Pr Fenichel a constaté que le bisphénol A pouvait interférer sur la croissance des lignées de cellules malignes humaines, soit en neutralisant in vitro la chimiothérapie dans le cancer du sein, soit en stimulant la prolifération des cellules malignes dans le cancer de la prostate et du testicule.

Maladies métaboliques et obésité
Pour le Pr Robert Barouki, Professeur à la Faculté de Médecine Paris Descartes, des travaux récents indiquent que  » l’exposition foetale à certains perturbateurs endocriniens comme le bisphénol A, les phtalates, et les polluants organiques persistants comme les PCB et les dioxines, favorisent l’apparition de maladies métaboliques et de l’obésité « .

Perturbation de la barrière intestinale
Le Pr Eric Houdeau, Chargé de recherche à l’Institut National de recherche Agronomique de Toulouse, a constaté que  » le BPA, aux doses inférieures aux seuils aujourd’hui considérés comme acceptables pour l’homme, est capable de provoquer une diminution de la perméabilité de l’intestin, peut se substituer aux estrogènes naturels dès le stade foetal, et perturber ainsi considérablement le développement normal de l’intestin et l’équilibre hormonal nécessaire au maintien d’une fonction de barrière intestinale efficace pour le reste de la vie « .
 » Le système immunitaire est également perturbé, ajoute le Pr Houdeau, entrainant des réactions inflammatoires intestinales qui vont faire le lit des tumeurs cancéreuses « .

Lire : Le Bisphénol A, utilisé dans les bouteilles plastiques et biberons, est toxique pour l’intestin selon l’Inra

Troubles du comportement
Pour Dr Oussama Kébir, psychiatre à l’hopital Sainte Anne (Paris) et chercheur en génétique psychiatrique, les estrogènes de synthèse comme le diethylstilbestrol (DES) les pesticides et le BPA, agissent sur presque tous les neuro-transmetteurs et sont impliqués dans les troubles du comportement et les troubles de l’apprentissage, les troubles de l’humeur, les troubles psychotiques, les troubles anxieux et des troubles dans la conduite alimentaire.
 » Et les effets sont indépendants de la dose  » souligne le Dr Oussama.
Et si le BPA et autres perturbateurs endocriniens étaient l’une des explications de l’agressivité aigüe si répandue chez beaucoup de jeunes, filles et garçons ?

Régression de la biodiversité
Enfin Hélène Roche, ingénieur de recherche de 1ère classe au CNRS, constate de son côté des dérèglements hormonaux, des mutations sexuelles et des comportements inhabituels chez les espèces sauvages d’animaux. Elle estime que  » la perturbation endocrinienne met en péril l’ensemble des systèmes biologiques naturels et participe à l’érosion de la biodiversité avec les autres facteurs dus à l’industrialisation, en diminuant les effectifs des populations ».

Suffisamment de preuves pour agir

Pour Ana Sotto, Professeur de biologie cellulaire de la Faculté de Médecine de l’Université de Boston (USA) et l’une des pionnières des perturbateurs endocriniens,  » Nous avons aujourd’hui assez de preuves par les études animales et les observations cliniques chez l’homme de la toxicité des perturbateurs endocriniens et du BPA. Il faut agir dès maintenant « .  » On ne va pas quand même pas attendre la fin des espèces « , insiste-t-elle.

Pour les chercheurs la priorité est aujourd’hui de protéger la mère pour protéger l’embryon, le foetus et le nourrisson pendant les phases critiques du développement avant la conception, pendant la gestation, et pendant la lactation, puis de protéger l’enfant et de la période périnatale jusqu’à la puberté.

Cela veut dire qu’il faut mettre en oeuvre des mesures qui visent à :

– Supprimer l’exposition aux PE connus dont le bisphénol A, les résidus d’hormones médicamenteuses, et les phtalates dans les foyers, les lieux de travail, et tous les lieux publics, les véhicules de transport, l’eau, les aliments et les produits de consommation.

– Réglementer les rejets des PE, dont les résidus d’hormones médicamenteuses, dans l’environnement, par les industriels de la chimie et du médicament, par les établissements hospitaliers, et les élevages industriels pour réduire les déversements massifs dans les eaux usées.

– Adapter les stations d’épuration pour qu’elles puissent éliminer (ce n’est pas du tout le cas aujourd’hui) ces substances que finalement nous retrouvons dans notre eau et notre alimentation.

– Interdire la commercialisation des nouveaux produits chimiques, dont les pesticides, sans une recherche préalable d’effets potentiels sur le système endocrinien.

– Changer la formation en toxicologie, et les protocoles des études, pour les adapter aux problèmes spécifiques posés par les PE

– Développer la toxicologie prédictive, trouver des marqueurs spécifiques.

– Changer les règles de la toxicologie réglementaire.

– Renforcer la surveillance environnementale

– Informer les consommateurs sur les dangers des PE et en rendant obligatoire l’étiquetage mentionnant la présence de ces substances car c’est finalement dans le panier de la ménagère que l’on trouve le plus de PE.

Un programme considérable. Mais qui doit être mis en place pour empêcher une catastrophe sanitaire et écologique annoncée.

José Vieira

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