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Mort des abeilles : une catastrophe écologique est déclenchée

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Par Bioaddict

En France, en 2008 le taux de mortalité des abeilles était de 30 à 50%.le Sénat prévoit dès cette année des mesures pour les préserver. Si ces insectes pollinisateurs disparaissent, 80 % des espèces végétales de notre planète risquent de disparaître, ainsi que 84 % des espèces cultivées

L’extinction des abeilles

La préservation de notre écosystème végétal dépend en effet des 20 000 espèces d’abeilles qui existent à travers la planète (1000 espèces en France). Et  » 35% de la production mondiale de nourriture résulte directement de la production de cultures dépendant des pollinisateurs « , précise Bernard Vaissière chercheur à l’INRA (Avignon).

Les abeilles transportent le pollen des fleurs qu’elles butinent sur le pistil d’autres fleurs. Sans elles, pas de pollinisation, pas de fécondation, pas de fruits ni de légumes… Nous ne mangerions que du blé, du maïs et du riz ! Sans compter que la dispersion génétique des espèces végétales ne pourrait plus évoluer.

Mais aujourd’hui, ni chercheurs, ni pouvoirs publics, ni agriculteurs, ni apiculteurs, ni écologistes… n’arrivent à se mettre d’accord sur les causes de cette extinction.
Leur extinction est même remise en cause par une étude publiée le 7 mai dernier dans la revue américaine Current Biology. Les auteurs de cette étude viennent en effet de conclure que le nombre d’abeilles domestiques aurait augmenté de 45% depuis 1961. Ces chercheurs se sont appuyés sur des statistiques de l’Organisation des Nations unies pour l’agriculture et l’alimentation (FAO), pour montrer que le déclin des abeilles aux Etats-Unis et en Europe est compensé par une hausse en Chine, en Argentine et au Canada. Mais la fiabilité des statistiques de la FAO est contestée.
(source : Report « The Global Stock of Domesticated Honey Bees Is Growing Slower Than Agricultural Demand for Pollination » 7 mai 2009 )

Le point de vue de l’AFSSA et des apiculteurs

Le point de vue de l’AFSSA

Pour l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa) il n’y a pas de doute. Elle démontre, dans un rapport publié le 18 février 2009  » Mortalités, effondrements et affaiblissements des colonies d’abeilles  » que la surmortalité des abeilles est bien réelle, et estime que les causes, pouvant être associées à cette surmortalité survenue depuis les années 1980, sont multifactorielles.
Mais l’Agence n’exclut pas pour autant la possibilité d’une responsabilité des pesticides , même si elle n’en fait pas la cause majeure.
Le varroa, un acarien destructeur, est fortement mis en cause.

Le point de vue des apiculteurs

En France, près de 80 000 tonnes de pesticides étant appliquées chaque année sur les cultures, selon la Cemagref, l’institut de recherche pour l’ingénierie de l’agriculture et de l’environnement.
Les apiculteurs sont donc convaincus que ces produits chimiques sont responsables de la mort des abeilles.
L’UNAF (L’Union nationale de l’apiculture française) a déposé début 2009 un recours en Conseil d’Etat contre le renouvellement de l’autorisation de l’insecticide Cruiser qui va jusqu’en mai 2009. Un insecticide de la même famille que le Gaucho, lui-même interdit en 2004, utilisé pour traiter des semences. L’Allemagne, l’Italie et la Slovénie ont d’ailleurs retiré leur autorisation au Cruiser.
L’insecticide Régent est également accusé par les apiculteurs .

Cependant, le 30 janvier 2009, une ordonnance de non-lieu a été délivrée en faveur des groupes chimiques BASF Agro et Bayer CropScience, mis en examen depuis 2004. L’UNAF, qui affirme que l’interdiction du Gaucho et du Régent depuis 2004 aurait ralenti ce que les scientifiques nomment  » le syndrome d’effondrement « , a donc fait appel.

Une seule et unique cause : les pesticides?

Mais pour les journalistes, Natacha Calestrémé et Gilles Luneau, qui ont enquêté pendant trois ans et réalisé un documentaire  » Disparition des abeilles : la fin d’un mystère  » il n’existerait qu’une seule cause à la disparition des abeilles, le reste n’étant que des conséquences.

Selon eux ce sont bien les pesticides qui sont responsables : en provoquant une recombinaison de molécules ils engendreraient des  » cocktails de molécules incontrôlables qui provoquerait la mort des abeilles en 24 heures « . Hypothèse confortée par le docteur Luc Belzunces, directeur de recherche à l’INRA (laboratoire de toxicologie environnementale).

Légalement, il est interdit d’utiliser conjointement herbicides, insecticides et fongicides… Les agriculteurs respectent cette pratique. Mais des mélanges de ces pesticides se font directement dans la nature et polluent le pollen. Les abeilles, dont l’organisme est affaibli par ces produits chimiques, ne survivraient donc pas, victimes de virus, de champignons ou de parasites.
Et malheureusement les défenses naturelles des abeilles seraient d’autant plus diminuées que, face aux pénuries de miel, certains apiculteurs ne les nourrissent plus avec leur propre production, aux propriétés antibactériennes, mais avec des sirops de sucre et des sirops de mélasse de maïs, eux-mêmes souvent contaminés par des pesticides, aggravant ainsi leurs défenses immunitaires …


Réchauffement climatique
, pollution des écosystèmes, réduction des habitats, raréfaction des espèces végétales, pesticides, OGM , espèces invasives telles le frelon asiatique, le champignon Nosema cerena, les acariens…… autant de facteurs qui pourraient également expliquer le déclin des abeilles.

Un antibiotique , la fumagiline, comme éventuel remède au  » syndrome d’effondrement « .
Une bonne nouvelle cependant : des chercheurs espagnols ont réussi cette année à guérir des ruches d’abeilles atteintes par le parasite asiatique Nosema Ceranae. Celui-ci est en effet aussi accusé d’être à l’origine de la disparition massive des pollinisateurs. Les abeilles survivantes ont toutes été guéries grâce à un antibiotique, la fumagiline. (source : Environmental Microbiology Reports, 2009).

Le Sénat au chevet des abeilles

 » Une ruche forte de 60 000 abeilles féconde 35 millions de fleurs par jour « , rappelle Natacha Calestrémé. Il est donc urgent que les pouvoirs publics et les acteurs de l’apiculture agissent ensemble pour sauver nos abeilles, véritables  » sentinelles de l’environnement « .
Le message a été entendu par le Sénat qui a décidé en février dernier, dans le cadre du Grenelle de l’environnement, de mettre en place un plan d’urgence pour leur préservation dès cette année.
Un institut scientifique et technique de l’abeille devrait donc être créé suite à cet amendement afin de permettre à la filière apicole de mieux s’organiser et de déterminer les causes précises de la mort des abeilles, et en particulier les effets des substances chimiques sur leur organisme.
Mais c’est bien sûr à l’échelle mondiale qu’il va falloir agir.

Le témoignage d’une apicultrice

Témoignage

Apicultrice dans l’Ariège depuis cinq ans avec son mari, Camille Jaudin, a vu ses ruches diminuer de moitié en deux semaines.  » Nous élevons des reines en zone d’élevage et non en zone de culture. Tout allait bien jusqu’en janvier dernier où nous avons perdu 200 ruches sur 400. Nous avons retrouvé les cadavres de tas d’abeilles mortes devant les ruches et à l’intérieur de celles-ci. Il restait énormément de miel, elles ne sont donc pas mortes de faim  » explique la jeune femme.

Or ce n’est pas le seul cas dans l’Ariège, où sont constatées des mortalités importantes de colonies d’abeilles situées en zone d’élevage depuis décembre 2008. Les membres de la Confédération Paysanne ont suspecté une intoxication des abeilles par les traitements de désinsectisation rendus obligatoires contre le vecteur de la Fièvre Catharrale Ovine.

 » Nous avons envoyé des abeilles au CNRS de Solaize pour les faire analyser. Le Centre national de la recherche scientifique a conclu à une intoxication à la perméthrine « . Or la perméthrine est un insecticide chimique qui attaque le système nerveux des insectes, utilisé en autre pour la désinsectisation des bâtiments d’élevage et les véhicules de transport d’animaux domestiques.

 » Nous nous sommes rendus à la DSV, la direction des services vétérinaires qui nous ont dit de contacter l’Afssa. Mais l’Afssa prend six mois pour donner un avis. Quand vous voyez vos ruches décimées vous ne pouvez pas attendre six mois pour les sauver ! « , s’exclame Camille Jaudin. Le couple attend aujourd’hui les résultats de la DSV qui a enquêté au mois de mars. En Ariège, 2 000 ruches sont mortes cet hiver. Et pour l’apicultrice, il n’y a pas de doute, « les pesticides (insecticides , herbicides et fongicides) sont responsables de la mort de nos pollinisatrices. Depuis des millénaires les abeilles vivent avec des champignons et des virus et elles ont toujours survécu ! « 

Emilie Villeneuve

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