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Phytorestore, la bioferme qui dépollue par les plantes

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Par Bioaddict

Des racines de plantes qui dépolluent l'eau, l'air et les sols ? C'est possible grâce à la bioferme de la société Phytorestore, qui apporte une solution durable au traitement des déchets organiques. Le premier centre de phytorestoration a ouvert ses portes officiellement le 26 octobre dernier en Seine-et-Marne.

Phytorestore, la bioferme qui dépollue par les plantes

Passer du statut de déchet au statut néosol grâce aux pouvoir des plantes, c’est l’objectif à terme de la jeune société Phytorestore qui veut offrir une solution de restauration aux sols de cultures. Une alternative au solutions destructives comme l’incinération et l’enfouissement des sols pollués.

Phytorestore est une société spécialisée en phytorestauration, technologie où les plantes sont le principal agent de traitement des pollutions.

 » Aujourd’hui on a très peu de solutions qui permettent de transformer un sol contaminé en autre chose « , souligne Thierry Jacquet, le fondateur de Phytorestore.

Assainir les matières polluées

Ainsi, Phytorestore, sous-traitant pour Veolia Environnement et Suez Environnement, a racheté une ferme expérimentale de 104 hectares pour l’équiper des dernières technologies de dépollution par les plantes au milieu de champs cultivés :

– La phytolixiviation des polluants grâce aux racines de plantes  » laveuses  » de pollution : iris, scirpes, carex, roseaux…

– La phytofixation et la phytotransformation des polluants non bio-dégradables.
Les polluants sont piégés dans des filtres de tourbes. Ces filtres transforment les éléments traces métalliques mobiles en éléments métalliques stables grâce à des plantes  » transformeuses  » : joncs, baldingère, salicaires, lysimaques…

La bioferme englobe un centre de traitement de déchets organiques (qui ne dégage pas d’odeur d’ailleurs, sympa pour le voisinage !), un centre de production et de séléction  des plantes, et un laboratoire, qui regroupe la recherche et le développement, autrefois répartis dans ceux du CNRS, centre national de la recherche scientifique.

Ce site accueille aussi pour la première fois au niveau international, la mise en place d’une pépinière de plantes, uniquement dédiés à la dépollution.

Révolutionner les villes écologiques de demain

 » Mon rêve est que dans le Grand Paris de demain, soient mis en place des jardins filtrants au pied des immeubles », livre le président de Phytorestore.

50 000 tonnes de déchets organique transformés en 1 600 tonnes de compost

 » Nous prenons des matières organiques pour les transformer. L’innovation est que la bioferme traite une trentaine de produits qui n’avaient pas de débouchées. Lorsqu’une matière est très liquide et qu’elle contient de l’hydrocarbure par exemple, vous ne pouvez pas l’envoyer dans un centre de compostage traditionnel. Les centres de compost préfèrent les matières déjà séchées. Dans la bioferme, l’essentiel du compost, issu de boues de curage, de boues urbaines, de produits de fosses sceptiques, va être réutilisé dans nos jardins filtrants « , explique Thierry Jacquet, président de Phytorestore.

Des matières réutilisables dans les jardins filtrants

Cette bioferme créée en effet, dans un deuxième temps, des produits réutilisables dans ses jardins filtrants, sous formes de filtres organiques pour le traitement de l’eau, de l’air et des sols pollués.

Ce traitement par phytorestauration peut apporter une solution écologique, esthétique et économique pour la dépollution des ressources naturelles, avec un faible coût d’investissement et de fonctionnement.

En utilisant les végétaux pour éliminer les polluants, la phytorestauration participe à la reconstitution et au maintien des zones humides, de la flore et de la faune, protégées par la convention RAMSAR.

Signée à Ramsar, en Iran, en 1971, cette convention est un traité intergouvernemental qui sert de cadre à l’action nationale et à la coopération internationale pour la conservation et l’utilisation rationnelle des zones humides et de leurs ressources.

Une solution durable pour les pays en manque d’eau

La bioferme est surtout très économe en eau puiqu’elle fonctionne en circuit fermé grâce à des bassins d’eau filtrée. Ces eaux traitées sont de bonne qualité et peuvent être déversées sur des espaces verts et des alimenter.

Les jardins filtrants sont d’ailleurs implantés à l’Ile Maurice où un hôtel a fait appel à Phytorestore pour aménager écologiquement une station végétale pour ses eaux usées et la reconstitution de zones quasi naturelles en bord de mer. Ces eaux traitées  servent notamment à irriguer le golf de l’hôtel.

Une valorisation de la plante en biomasse

Ce n’est pas seulement qu’une affaire de dépollution des terres. Ces jardins filtrants produisent aussi de la biomasse valorisable, comme la litière pour chevaux et le paillis horticole.

La Bioferme représente en effet l’occasion de développer de nouvelles filières de biomasses végétales. Les plantes, non mangeuses de pollutions, sont réutilisables pour de nouveaux usages comme les bio-carburants , matériaux combustibles pour les chaudières ou comme isolants dans des matériaux d’éco-construction (panneaux isolants, parpaings naturels).

 » Nous avons planté beaucoup de miscanthus. Nous essayons de créer aujourd’hui un gisement suffisant en matière végétale qui, j’espère, atteindra 1 000 hectares. Nous pourrions avoir ainsi une vraie filière de valorisation du végétale « , indique Thierry Jacquet, le président de la bioferme Phytorestore.

La bioferme fait d’ailleurs partie d’une association de 44 agriculteurs. La plupart d’entre eux y travaillent.  » Ce sont aux agriculteurs de s’approprier cette restauration de ressources. Ce sont eux qui vont venir faucher le végétal et le valoriser ».

Ces végétaux permettent aux agriculteurs de faire une à deux récoltes, la biomasse étant très élevée. Et en plus, ils peuvent choisir le moment de l’année de la récolte. Cela facilite donc l’exploitation. Autre avantage pour les agriculteurs : pas de pesticides, ni d’engrais.

Un intérêt pour la valorisation des éco matériaux

 » Phytorestore travaille avec des industriels pour faire des panneaux isolants parpaings pour pouvoir réutiliser cette biomasse végétale. Celle-ci apporte des valeurs intéressantes et allège les produits ; vous avez une meilleure isolation phonique en plus de l’isolation thermique. J’espère qu’un jour nous ferons des maisons avec de la biomasse végétale. Aujourd’hui c’est compliqué de passer de la pratique artisanale à une solution industrielle à grande échelle « , souligne Thierry Jacquet.

Un rapport biomasse plus intéressant que le bois ?

Pour Thierry Jacquet, le fondateur de Phytoresttore, nul doute que ses plantes sont plus intéressantes qu’une forêt.

 » Une fois que le pied de la plante est installé, vous pouvez l’exploiter pendant 20 ans. Vous obtiendrez une biomasse de 15 tonnes de matière sèche par an et par hectare au minimum. Pour une forêt, vous attendez 20 ans avant de faucher. En rapport annuel, c’est 2 à 3 tonnes de biomasse de matière sèche par hectare et par an. La valeur en combustion est donc meilleure que le bois « , explique Thierry Jacquet.

Longue vie à cette bioferme qui apporte une solution durable aux problèmes des déchets et à la valorisation du végétal !

Emilie Villeneuve

Consulter le site de Phytorestore

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