Santé : faut-il se méfier de l'aluminium contenu dans la pierre d'alun ?

Publié Le 21 Février 2012 à 18h29
 
La pierre d'alun présente des propriétés déodorantes. Elle s'utilise sur peau humidifiée, et séduit de nombreux consommateurs. Mais comme elle contient de l'aluminium, est-elle dépourvue de toxicité ? L'Agence de sécurité sanitaire des médicaments (Affssaps) souhaite une évaluation dans les meilleurs délais.
DOSSIER SPECIAL

Formé de cristaux, l'alun se présente sous forme de sel appelé alun de potassium ou sulfate double de potassium et d'aluminium.

Il en existe trois variétés : la pierre d'alun naturelle, la pierre d'alun reconstituée et la pierre d'alun synthétique.

  • La pierre d'alun naturelle : elle est extraite de l'alunite, purifiée et recristallisée, et composée de " potassium d'alun ". Elle présente un aspect translucide avec des nervures à l'intérieur.
  • La pierre d'alun reconstituée par réactions chimiques n'a pas le même aspect : elle est opaque, et les produits en vente ont tous la même forme.
  • La pierre d'alun synthétique est composée d'"ammonium d'alun " qui provient de l'industrie du nylon. Elle est bon marché et souvent fabriquée en Asie.

Faut-il craindre l'aluminium contenu dans la pierre d'alun ?

De part sa formule la pierre d'alun naturelle ou reconstituée contient donc bien de l'aluminium (à hauteur de 5%). Mais ce n'est pas le même aluminium que celui qui est utilisé dans les déodorants antitranspirants et qui se présente, lui, sous forme de chlorhydrates d'aluminium (voir article " déodorants à base de sels d'aluminium sur peau rasée = danger ! ").

Selon les fabricants de pierre d'alun, l'aluminium présent dans les galets de pierre d'alun se transforme sur la peau en oxydes d'aluminium stables et peu solubles. Ils estiment que ces molécules de poids moléculaire important ne peuvent pas pénétrer à travers la peau. Elles seraient éliminées par rinçage à l'eau ou par la transpiration.

En outre, l'exposition de l'organisme à l'aluminium contenu dans la pierre d'alun n'est pas la même que celle liée aux déodorants à base de chlorhydrates d'aluminium. En effet un stick de pierre d'alun dure environ une année, alors que les sticks de déodorants à base de chlorhydrates d'aluminium doivent être renouvelés toutes les trois semaines.
Mais pour le professeur Roger Deloncle, chercheur à la faculté de pharmacie de Tours, et le docteur Olivier Guillard, chercheur à la faculté de médecine de Poitiers, " ce sel double de potassium et d'aluminium ( contenu dans la pierre d'alun naturelle ou recomposée), ou d'ammonium et d'aluminium ( contenu dans la pierre d'alun synthétique) présente potentiellement les mêmes risques de toxicité que tous les sels d'aluminium " en raison notamment d'une diffusion d'une partie des ions aluminium vers l'intérieur du corps.

Les recommandations de l'Afssaps

Selon le récent rapport de l'Afssaps sur l' " Evaluation du risque lié à l'utilisation de l'aluminium dans les produits cosmétiques ", la concentration en aluminium devrait être limitée à 0.6% dans les produits antitranspirants ou déodorants pour une application quotidienne à long terme.

L'agence a volontairement exprimé cette valeur en pourcentage d'aluminium afin qu'elle puisse s'appliquer aux différentes formes d'aluminium utilisée dans les cosmétiques, y compris les autres sels que les chlorhydrates d'aluminium. Que deviendrait alors la pierre d'alun ?

Une évaluation dans les meilleurs délais

L'Afssaps considère que pour la pierre d'alun synthétique, cette recommandation de restriction en aluminium est applicable.
En revanche, en ce qui concerne la pierre d'alun naturelle et la pierre d'alun reconstituée, l'agence estime nécessaire de procéder à leur évaluation dans les meilleurs délais, afin de connaître les caractéristiques physico-chimiques et/ou d'absorption cutanée.

Nous voyons bien que face au débat provoqué par les études récentes sur le passage de l'aluminium à travers la peau, il est nécessaire d'évaluer le comportement de la pierre d'alun, sous toutes ses formes, sur la peau, et ceci de façon scientifique afin de pouvoir conclure sur un éventuel risque pour la santé.

En attendant, par mesure de précaution, il vaut mieux éviter la pierre d'alun de synthèse, reconnaissable si l'étiquette de l'emballage mentionne " ammonium d'alun ", et préférer, éventuellement, la pierre d'alun naturelle ou reconstituée, reconnaissable si l'étiquette mentionne " potassium d'alun ".

Il faut aussi éviter les déodorants contenant du " chlorhydrate d'aluminium " (mention figurant sur les étiquettes), surtout sur peau rasée ou fragilisée.

Et pour celles et ceux qui souhaitent utiliser des déodorants (difficile de s'en passer...) la solution existe avec les déodorants sans chlorhydrate d'aluminium, et il y en a de plus en plus sur le marché ( bien lire les étiquettes), ou les déodorants labellisés Cosmébio dans lesquels les chlorhydrates d'aluminium sont interdits par la règlementation bio. Mais attention la pierre d'alun naturelle est un cas à part. Elle peut encore aujourd'hui être labellisée Cosmébio tout en contenant un sel d'aluminium.

Caroline Chavigny